Editorial

Les Accidents Vasculaires Cérébraux (AVC) figurent parmi les toutes premières priorités de santé publique. Les AVC concernent en effet chaque année environ 130 000 nouveaux patients en France et constituent la première cause de handicap chez l’adulte, la deuxième cause de démence après la maladie d’Alzheimer et la troisième cause de mortalité.

C’est une pathologie fréquente et grave. L’incidence annuelle des AVC et Accidents Ischémiques Transitoires (AIT) est en moyenne de 2,5 cas pour 1 000 habitants et la prévalence de 5 pour 1 000 habitants. A Grenoble, le taux brut d’incidence annuelle est estimé à 2,3 pour 1 000. Pour le département de l’Isère (soit environ 1 million d’habitants), les pathologies neuro-vasculaires toucheraient donc plus de 2 000 personnes par an et on estime par ailleurs à environ 1 400 nouveaux cas par an le nombre d’accidents vasculaires cérébraux dans le bassin de santé du CHU Grenoble Alpes. Environ 1 200 de ces AVC sont hospitalisés chaque année au CHU Grenoble Alpes, quel que soit le service d’accueil (895 AVC et 274 AIT en 2014) ce qui représente environ 80% du nombre total d’AVC/AIT estimé pour le bassin.

Le traitement de référence de l’ischémie cérébrale aiguë (80% des AVC) est aujourd’hui la thrombolyse IV effectuée dans le délai le plus court possible après la survenue de l’accident vasculaire. De plus, il a été clairement montré que la prise en charge du patient dans une structure dédiée à la prise en charge des pathologies neuro-vasculaires (UNV) réduisait la mortalité, la dépendance et le handicap, au-delà même des effets propres de la thrombolyse. Pour ces raisons, plusieurs circulaires ministérielles successives ont permis au cours des dernières années la mise en place d’Unités Neuro-Vasculaires spécifiques, les UNV, dotées de moyens de soins intensifs et entièrement consacrées à la prise en charge en urgence des AVC.

Créée en 1985, l’Unité Neuro-Vasculaire (UNV) du CHU Grenoble Alpes a été l’une des premières UNV de France. Elle est aujourd’hui l’unité de référence pour tout le sillon alpin, étant la seule à disposer d’un plateau technique comprenant la neuroradiologie diagnostique et interventionnelle, la neurochirurgie et la réanimation neurochirurgicale. Seuls les Hospices Civils de Lyon disposent d’une plateforme équivalente. Dotée initialement de 6 lits de soins intensifs, l’UNV du CHUGA dispose depuis début 2015 de 9 lits de soins intensifs et de 18 lits d’hospitalisation conventionnelle post soins intensifs. Elle a effectué en 2015 plus de 700 admissions en urgence sur les lits de soins intensifs, ce qui correspond à près de la moitié des AVC admis au CHU. Le SROS fixe toutefois un objectif ambitieux de prise en charge de 80% des AVC en UNV, difficile à atteindre aujourd’hui. Le projet médical de la neurologie, dans le cadre du projet du Nouvel Hôpital Michallon, devrait permettre d’atteindre à terme cet objectif en donnant l’opportunité d’augmenter le nombre de lits dédiés d’UNV.

Au-delà des soins hospitaliers l’équipe de neurologie vasculaire est très impliquée dans la structuration de la filière régionale de prise en charge des AVC, participant activement à l’animation du réseau nord-alpin des urgences (RENAU) ou encore, plus récemment, au travers d’une coopération territoriale par télémédecine avec le CH de Voiron. Les animateurs de cette équipe sont également très investis dans le champ de la recherche au sein de l’Institut des Neurosciences de Grenoble (GIN) et de l’équipe « Neuroimagerie Fonctionnelle et Perfusion Cérébrale ».

Le domaine de l’AVC fait en effet aujourd’hui l’objet de recherches particulièrement actives pour améliorer les thérapeutiques spécifiques. La thrombectomie mécanique, uniquement réalisée par des neuroradiologues interventionnels spécialisés, fait ainsi naître depuis peu de nouveaux espoirs en améliorant encore la qualité de la revascularisation cérébrale dans les situations favorables. Au-delà, des pistes prometteuses émergent comme l’utilisation des cellules souches, domaine de recherche dans lequel l’équipe de neurologie vasculaire du CHUGA a un rôle de premier plan, ayant obtenu un financement de plusieurs millions d’euros de l’Union Européenne (Horizon 2020) pour son projet RESSTORE dont le Dr Olivier Detante, responsable de l’UNV du CHUGA, est l’investigateur principal.

Le CHU Grenoble Alpes occupe ainsi une position de pointe dans la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux pour les patients de l’arc alpin, dont les articles de ce numéro de SCOPE.CHU illustrent quelques aspects particuliers.

Nous vous souhaitons une bonne lecture !

Pr Thierry Bougerol
Responsable médical du Pôle de Psychiatrie, Neurologie et Rééducation Neurologique

Dr Olivier Moreaud
Responsable médical de la Clinique Universitaire de Neurologie

Dernière mise à jour le 13/04/2016